Le 29 novembre 2021, dès le lendemain de l’installation des moines de Flavigny dans l’abbaye de Solignac, un groupe internet de « bienvenue aux moines bénédictins » a vu le jour sur Facebook.
Ce groupe étant public, il est évidemment intéressant de recueillir les informations qu’il peut fournir, aussi bien pour témoigner des dynamiques qui sont à l’œuvre, que pour tenter de cerner un peu mieux la nature de cette solidarité spontanée.


Une douzaine de posts font office de contenu. Entre trois photos de babioles pieuses, deux messages échappés d’une messagerie instantanée, et une annonce pour une vente de voiture… on reste un peu sur notre faim.
C’est seulement à la lecture des quelques commentaires (on y parle de Jean-Frédéric Poisson et Charles million, ou des « ennemis de l’Eglise », ou encore de « ceux qui égorgent des gens dans la rue »), ou à la lecture de ce long post (dans lequel est déroulé une opposition surréaliste entre la musique « techno » symptôme d’une société post-moderne décadente, et « la joie virile et fraternelle » procurée par le chant grégorien, synonyme de pureté de l’Occident chrétien), qu’on commence à percevoir comme un son de cloche un peu particulier.
C’est ce qui semble se préciser à la lecture de celui qui dépeint le « Limousin déchristianisé » comme une « terre de mission », et évoque les « chrétiens progressistes », qu’il faudrait « ré-évangéliser » car « gangrénés », au même titre que le reste de la société française, « anticléricale », « hédoniste » et « mortifère ».


On poursuit donc en se tournant vers la liste des 253 membres (en ce début mars 2022).
C’est conséquent.
Et même si la longue visite virtuelle de tout ce petit monde ne peut offrir qu’un aperçu partiel et non exhaustif des caractéristiques de la population de ce groupe de soutien, les informations à en tirer restent relativement intéressantes puisqu’au final, seuls 25% des profils ne donnent accès à aucune information.
Parmi les 75% restant :

  • 60% donnent des informations sur leur orientation religieuse (parmi eux, les 3/4 sont proches du traditionalisme catholique).

  • 38% donnent des informations sur leur orientation politique (parmi eux : 1% à gauche, 15% à droite et 84% proches de l’extrême droite).

Reprise de la couverture : capture d'écran du groupe Facebook « Solignac - Bienvenue aux moines bénédictins » montrant une grille de pages aimées, dont La Droite Forte - Vendée, Reconquête - Creuse, Academia Christiana, Touche pas à Zemmour, TV Libertés, Lions Clubs de France et Civitas Hauts de France.

Exemples de pages aimées par des membres du groupe Facebook « Bienvenue aux moines bénédictins ».

La chronologie des inscriptions esquisse également des tendances.
La création initiale du groupe semble plutôt tourner autour de quelques commerçants / petits entrepreneurs locaux, chez qui on retrouve très peu d’affichage religieux et/ou politique radical.
Puis, un réseautage très efficace prend le relais, amenant plutôt une population de notables, entre autres largement recrutés parmi les rotariens et autres lions clubers intéressés. Une partie de l’extrême droite locale arrive aussi très rapidement.
C’est sur ces bases, en parallèle mais surtout ensuite, qu’un recrutement géographiquement beaucoup plus large s’opère, attirant essentiellement une population lointaine et variée de catholiques intégristes et/ou d’extrémistes de droite.


Cerise sur le gâteau, le groupe de soutien au moines de l’abbaye de Solignac accueille l’arrivée aussi discrète qu’éloquente, d’un enfant de Solignac à la notoriété embarrassante: celle de l’abbé Philippe Laguérie .
L’abbé Laguérie s’est rendu célèbre pour avoir officié plus de 10 ans à l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet « principal lieu de culte parisien du mouvement catholique traditionaliste et de la frange catholique de l’extrême droite française ». Ordonné prêtre par Marcel Lefebvre , et ami de Jean-Marie Le Pen qu’il a marié l’année dernière, on lui reproche entre autres d’avoir pris la défense de négationnistes et de pétainistes .
Il est la figure de proue médiatique du catholicisme traditionaliste français dont il revendique l’aspect politique et les liens avec l’extrême droite.


Ce tour du propriétaire s’avère finalement plutôt instructif, et ne fait malheureusement que confirmer très largement ce que nous dénoncions dans un précédent article . Les nouveaux occupants de l’abbaye ont bel et bien une aura particulière…
Et si dans un rayon assez modeste elle peut légitimement échauffer les esprits boutiquiers, dans un rayon beaucoup plus large elle aimante surtout la radicalité, qu’elle soit religieuse ou politique.