L’histoire récente de l’abbaye Notre-Dame de Fontgombault , présente un intérêt évident pour les Solignacois, puisqu’elle permet d’illustrer rétrospectivement quelles peuvent être très concrètement les conséquences de l’installation d’une communauté religieuse monastique pour un village.
Le conseil municipal de Fontgombault, sur le site de la mairie.
En 1948 les bénédictins sont de retour à l’abbaye de Fontgombault qui accueille alors 22 moines, venus de Solesmes. En quelques décennies, la vie de cette petite commune de l’Indre en sera littéralement bouleversée, au point qu’il y a presque 10 ans, elle défrayera la chronique dans la presse nationale.
Une emprise immobilière qui devient politique.
Sur plusieurs décennies, une lente modification du paysage et de la population s’opère, au travers d’acquisitions immobilières directes de l’abbaye (terrains et bâti), ou indirectes par le biais de familles catholiques (attirées par le traditionalisme) qui viennent s’installer sur la commune. La communauté bénédictine en elle-même s’agrandit (on y compte environ 70 moines actuellement).
La commune de Fontgombault ayant le tort d’être une petite commune (actuellement moins de 300 habitants), ces modifications démographiques finissent par peser très sérieusement sur le profil politique de la commune, ce qui ne manque pas d’en interroger certains : « Où est la démocratie quand un corps constitué de 72 personnes vote comme un seul homme ? ».
Depuis très longtemps, 2 moines de l’abbaye siègent également au conseil municipal.
En 1977 est élu M. Tissier, un maire se présentant comme « maire catholique, baptisé et pratiquant », qui dirige la commune « Bible en main ». Il sera systématiquement réélu dès le premier tour, 40 ans durant.
En 1984, Fontgombault est le village dans lequel on vote le plus pour Jean-Marie Le Pen aux européennes. Christine Boutin y arrive en tête des élections présidentielles de 2002, Philippe de Villiers en 2007, et en 2017 Marine Le Pen arrive en tête du second tour… Au premier tour des présidentielles de 2022, Zemmour arrive très largement en tête : l’extrême droite y totalise plus de 57% des votes.
On notera que, même s’ils n’en ont vraisemblablement pas besoin à Fontgombault, les moines n’hésitent pas à prendre des libertés avec la légalité comme le confirme la radiation en 2014 de 10 d’entre eux, inscrits illégalement sur les listes électorales.
C’est à l’occasion de ce procès que le père abbé, Dom Pateau
, est décrit comme « l’ éminence grise d’un maire régnant en seigneur ».
Les frasques et la chute du maire catholique, voix de l’abbaye.
L’édile est déjà connu par ses administrés pour fouler allègrement le principe de neutralité religieuse légalement imposé par sa fonction (invitation publique à la prière, requête concernant la nature des DVD proposés à la vente à l’épicerie locale, etc..). Un ancien conseiller municipal ulcéré dépeint ainsi son exercice de la fonction : « un système féodal où les débats se résument à une phrase : tu signes là. » et dresse un état des lieux sans appel : « Fontgombault est dirigé par des fous de Dieu. Leurs dérapages entachent toute notre commune et vident nos campagnes ».
En 2013, sur fond d’adoption des lois ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, celui qui déclarait un an auparavant « hors de question de marier les pédés », vote avec son conseil municipal une délibération illégale dans laquelle ils promettent de démissionner si on les oblige à marier des couples homosexuels.
Les médias nationaux s’intéressent alors à l’histoire de cette commune. Une partie des citoyens, aussi excédés que minoritaires, décident de créer un collectif : les Indignés
.
Le maire, fort d’un conseil municipal tout acquis à sa cause, enfonce les clous et affirme, en total contradiction avec sa fonction, que : « la loi naturelle [est] supérieure aux lois humaines », expliquant qu’« il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes quand les hommes se font les ennemis de Dieu ».
Malgré ces frasques aussi surréalistes que médiatisées, Tissier est largement réélu au premier tour en 2014.
Echange éloquent sur la page Facebook des Indignés.
Il finira cependant sa carrière d’élu en 2016, démissionnant pour des raisons judiciaires.
Cet ancien courtier en assurances, déjà condamné dans les années 90 pour abus de confiance, est condamné en 2016 pour complicité de détournement de fonds et escroquerie dans le cadre de ses anciennes fonctions à la tête du syndicat des eaux, pour des faits remontant à 2003.
En 2018 et 2019, il est à nouveau condamné, en sa qualité de maire et de président du syndicat des eaux, pour prise illégale d’intérêts, favoritisme et détournement de biens publics sur la même période, en lien avec des arnaques à l’assurance et des irrégularités concernant l’attribution de marchés publics.
Depuis, un conseiller qui était déjà en place lui a succédé, les mêmes têtes ont repris la suite au conseil municipal. Deux moines de l’abbaye y siègent toujours.
Un village sous influence des moines.
L’ingérence des moines dans la vie de la cité est bien entendu devenue directement politique, mais elle prend aussi d’autres formes. Ainsi un restaurateur a été prié de retirer la viande de son menu du vendredi, l’association chargée du centre de loisirs a été incitée à rebaptiser la fête païenne de Halloween, une artiste locale a été invitée à reprendre les cartes de visite qu’elle avait déposées à l’épicerie (y figurait la reproduction de l’une de ses toiles, représentant un postérieur humain), etc..
Un ensemble de dossiers (assainissement, subventions, turbine hydroélectrique, fromagerie non déclarée, accès gratuit à l’eau courante, etc..) alimente la suspicion d’une partie de la population qui met en doute leur régularité, et souligne qu’ils servent un intérêt privé qui est parfois allé à l’encontre de l’intérêt général des administrés.
Évidemment, ce ne sont pas les malversations de l’ancien maire, le silence de l’ensemble des conseillers municipaux durant ces décennies, ou la collusion aussi évidente qu’ancienne avec l’abbaye, qui sont de nature à apaiser les soupçons.
Article du Canard Enchaîné de janvier 2019 glané sur la page Facebook des Indignés.
Les liens habituels avec l’extrême droite et plus encore.
On retrouve évidemment à l’abbaye Notre-Dame de Fontgombault la messe en latin, les chants grégoriens, et les retraites. Philippe de Villiers et Christine Boutin fréquentent l’édifice qui est abondamment cité par des blogs royalistes ou d’extrême droite. La sensibilité politique des moines et des habitants qu’ils ont attirés, comme on l’a vu, ne fait bien entendu aucun doute.
L’abbaye Notre-Dame de Fontgombault est fidèle à la tradition d’accueil bénédictine. On mentionnera donc quelques visiteurs remarquables, qui n’ont pas manqué de provoquer des réactions. Dans les années 70, Paul Touvier
(milicien vichyste, alors en cavale car poursuivi pour crimes contre l’humanité) y est caché. En 2012 l’abbaye héberge dans l’anonymat le frère Luigi
(condamné pour pédophilie). Jusqu’à l’année dernière, fin de sa période de probation, Jean-Claude Romand
(le médecin mythomane meurtrier) y est accueilli.
Pour conclure.
On voit que, comme à l’Ile Bouchard, les dynamiques qui s’opèrent suite à l’implantation de ce type de communautés religieuse, sont relativement identiques :
-
une emprise immobilière expansive, à la fois directe via des acquisitions foncières au nom de la communauté, des legs ou des dons, et indirecte via les achats d’une population catholique traditionaliste drainée sur place.
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une traduction politique de cette emprise, avec une augmentation de la représentativité locale de l’extrême droite.
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une ingérence dans la vie de la cité (école, vie culturelle, communautarisme, etc..)
Solignac est une commune plus peuplée que Fontgombault, et l’on ose espérer que ces dynamiques, qui ne manqueront pas de se concrétiser, resteront malgré tout contenues. Quoiqu’il en soit, il est évident qu’elles nécessiteront une vigilance toute particulière.
Et l’on ne peut que rester dubitatif face à ceux qui, au seul nom d’un effet d’aubaine économique (probablement aussi marginal qu’incertain), invitent à ne pas se poser de question quant aux conséquences de l’arrivée des moines dans notre commune, et préfèrent rassurer, sans autre argument que leur bonne foi…
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