L’histoire de L’Île-Bouchard, qui est le premier endroit à faire face à un projet Monasphère (une construction y est prévue dans l’année 2022) peut se révéler riche d’enseignements pour Solignac, et peut-être plus encore pour les communes alentours…


Janvier 2022, c’est par voie de presse, dans les colonnes de la Nouvelle République, que les habitants de l’Île-Bouchard découvrent que Monasphère a jeté son dévolu sur leur petite commune de 1600 habitants d’Indre-et-Loire, pour en faire le site pilote de leur premier projet de construction de lotissements communautaristes chrétiens.

Le hameau, baptisé par l’entreprise immobilière le « Clos Saint-Gabriel », doit voir le jour à 1km de l’église Saint-Gilles, lieu où auraient eu lieu des apparitions de la Vierge Marie en 1947. La clientèle visée n’est pas locale : le prix proposé au m² y est environ 80% plus élevé que le prix moyen habituel.
La parcelle sur laquelle est prévue la construction qui devrait démarrer cette année appartient à la communauté de l’Emmanuel.

Ce mouvement religieux associatif, issu d’un groupe de prière du Renouveau charismatique né dans les années 70 aux États-Unis, est « inspiré du pentecôtisme américain passé au tamis du catholicisme ». La communauté s’installe comme propriétaire à l’Île-Bouchard en 1997 suite à un legs la dotant de biens immobiliers locaux, suivis d’achats sur une commune voisine. Le diocèse de Tours lui permet d’accéder à la gestion de plusieurs dizaines de paroisses locales.
Ce mouvement est décrit comme très conservateur, il formerait « une élite paroissiale » de « super croyants » qui recruterait « parmi la haute bourgeoisie et l’aristocratie ». Accusé de faire la promotion de « thérapies de conversion », le mouvement ferait actuellement l’objet de toute la vigilance de la Miviludes (mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires), suite à des signalement de dérive sectaire.
Son financement semble en grande partie provenir de riches donateurs. La gestion de l’association, internationale, se fait sur un compte en Suisse.

La mainmise grandissante de l’Emmanuel sur la commune est souvent dénoncée : l’impact immobilier (5 à 10% des ventes immobilières concerne déjà une clientèle catholique attirée par le contexte religieux rigoriste), l’incitation aux familles à déserter l’école publique, le refus de concerts de musique classique dans une église, la prière qui s’infiltre dans un stage de préparation au baccalauréat par exemple, et tout simplement la crainte d’une évolution vers un « village secte », sont autant d’éléments qui inquiètent. L’AVREF (association d’aide aux victimes des dérives de mouvements religieux en Europe et à leurs familles) parle de cette « association publique internationale de fidèles de droit pontifical » comme d’une église dans l’église .

Bien entendu, l’Emmanuel soutient le projet Monasphère et s’en réjouit. Même si, contre toute attente, la communauté ne semble pas être à l’origine de la prise de contact avec Monasphère. C’est le gérant du supermarché local qui, par simple esprit boutiquier, a initié cette démarche en y voyant de potentielles retombées pécuniaires.

La réaction des élus locaux (que ce soit aussi bien la majorité municipale -le 1er adjoint fait partie de l’Emmanuel-, par le biais de sa maire Mme Nathalie Vigneau, ou la député de la circonscription, Mme Fabienne Colboc) ne semble pas de nature à apaiser ces inquiétudes. L’évolution confidentielle du projet et le silence de la municipalité jusqu’à la publication de janvier interroge.
Certes il s’agit d’une construction sur un terrain privé, et les élus y ont un champs d’action limité. Mais de là à se satisfaire si facilement de la rassurante communication de Monasphère, aussi récente que peu convaincante , il y a un pas qui a été très vite franchi.

C’est pourquoi, rapidement après l’annonce médiatique, un collectif bouchardais, d’habitants, croyants ou non, s’est constitué. S’y sont jointes diverses associations (Licra, Laïcité République, Ligue des droits de l’Homme, Délégués départementaux de l’Éducation nationale, Collectif laïcité…). L’association des Chrétiens pour une église dégagée de l’école confessionnelle (CEDEC) se fend d’une lettre ouverte.
Tous entendent se mobiliser contre le projet séparatiste religieux de Monasphère et les menaces qu’il représente pour le vivre-ensemble laïc et républicain.

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Lettre ouverte du CEDEC.

Document PDF (cliquez pour télécharger)


Dans la Nouvelle République :
Communauté de l’Emmanuel : un patrimoine immobilier à exploiter à L’Île-Bouchard
Trois questions restées en suspens sur le projet de lotissement destiné aux chrétiens
Le projet de Monasphère s’invite au conseil municipal
Un “front laïc” se mobilise contre le quartier chrétien de L’Île Bouchard
Lotissement destiné aux chrétiens : à L’Île-Bouchard, deux sons de cloche pour un projet
Projet de lotissement destiné aux chrétiens : tempête dans un bénitier à L’Île-Bouchard
Un village destiné aux chrétiens prêt à sortir de terre à L’Île-Bouchard
Dossier de la Nouvelle République sur la communauté de l’Emmanuel:
→ Aux origines de la communauté de l’Emmanuel
→ La communauté de l’Emmanuel sous le feu des critiques
→ Plongée au cœur de la communauté
Dans Libération :
A L’Ile-Bouchard, en Indre-et-Loire, des catholiques bien lotis
Dans Charlie Hebdo :
Communauté de l’Emmanuel : la Sainte Vierge multiplie les parpaings