On apprend cet été à la lecture d’un média web catholique intégriste, l’installation prochaine d’une école hors contrat traditionaliste sur la commune du Vigen, dans « une ancienne ferme fortifiée du XIIè siècle dépendant de l’abbaye de Solignac »1. Parallèlement dans l’actualité nationale, la demande de dissolution du « lobby catholique traditionaliste »2 Civitas est annoncée.
Une école hors contrat traditionaliste au Vigen.
Lors de deux articles précédents (ci-dessous), nous avions déjà eu l’occasion d’évoquer en détail l’histoire de l’installation (avec le concours de l’évêque Bozo) de l’école hors contrat Saint Martial à Limoges, adossée à l’Institut de Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP), une communauté catholique traditionnaliste proche de l’extrême droite et des mouvements royalistes.
Nous avions également fait allusion à la directrice de cette école, habitante de Solignac, ancienne candidate aux élections municipales, dont le mari (neveu du célèbre et médiatique abbé traditionaliste Philippe Laguérie) est actuellement employé par les moines de l’abbaye pour les travaux de rénovation.
Solignac, l'ICRSP, Bozo et les royalistes.
Retour sur l'appui de l'évêque Bozo au traditionaliste Institut du Christ Roi Souverain Prêtre à Limoges. Description de cette communauté catholique, de ses liens (locaux comme nationaux) avec le royalisme et l'extrême droite, de son prieur limougeaud (plume dans les médias de la droite réactionnaire), de ses liens avec Solignac, et des dérives dont elle est accusée.
Flavigny / Solignac, et l'Institut du Bon-Pasteur.
Les moines bénédictins de Solignac entretiennent des relations avec l'Institut du Bon Pasteur. Retour sur cette communauté traditionaliste (co-fondée par le médiatique prêtre intégriste d'extrême droite Philippe Laguérie, familialement lié à Solignac) qui a défrayé la chronique dans les années 2010.
Le Cours Saint Martial de Limoges s’agrandit (ouverture en plus d’un collège) et déménagera sur la commune du Vigen, au château de l’Age (qui abritait auparavant le relai de l’Age, un restaurant).
Il s’agit d’une « ancienne ferme fortifiée du XIIIe siècle rattachée à l’abbaye toute proche de Solignac et habitée par des moines roturiers, défricheurs et agriculteurs ». « L’hostellerie du Relais de l’Age était alors une halte pour les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle »3.
Pour rappel, en France plus de 80% des écoles sont publiques (gratuites, ouvertes à tous, financement et programme scolaire gérés par l’Etat).
Plus de 17% sont privées sous contrat (payantes, bénéficiant de subventions publiques et d’enseignants diplômés payés par l’éducation nationale, le contrat avec l’état implique une non discrimination et une conformité des programmes scolaires).
Un peu plus de 0,5% sont privées hors contrat (payantes, sans subventions publiques, recrutement libre d’enseignants sans condition de diplôme, enseignement totalement libre, mais supposées permettre a minima la maitrise du socle commun de connaissances). Marginales, elles sont cependant en augmentation ces dernières années. Environ 30% d’entre elles sont confessionnelles, dont la moitié catholiques. Il s’agit essentiellement d’écoles liées à des communautés intégristes et/ou traditionalistes.
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L’école traditionaliste hors contrat du Cours St Martial arrive sur la commune du Vigen, financée par la Fondation pour l’école - (source )
Une école financée par l’extrême droite catholique.
Le Cours Saint Martial, bientôt installé sur la commune du Vigen, se félicite du soutien financier de 25.000€ apporté par la Fondation pour l’école (FPE).
Cette fondation a fait l’objet d’une enquête de presse6 en 2020. On y apprend que :
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La FPE avance masquée et « se décrit apartisane et aconfessionnelle [mais] en réalité, soutient essentiellement des écoles confessionnelles catholiques, dont beaucoup d’établissements traditionalistes ».
La FPE abrite « un réseau de structures liées entre elles [qui] financent indirectement la formation de prêtres »6, et notamment ceux des cathos identitaires de la communauté Saint Martin7.
Le journal d’opinion d’extrême droite Valeurs Actuelles (journal condamné pour provocation à la haine raciale, injure à caractère raciste, et au cœur de polémiques liées à la diffusion de fausses informations ou à de l’antisémitisme) ne s’y trompe d’ailleurs pas, et quand il organise une levée de fonds pour « des associations qui œuvrent pour […] les racines chrétiennes de la France »8, il choisit entre autres les Œuvres Salésiennes (une fondation de l’ICRSP qui accompagne l’école du Cours Saint Martial), et … la FPE. -
La FPE a financé les écoles hors contrat du Cours Saint Projet et de l’Institut de la Croix des Vents.
Ces deux écoles ont défrayé la chronique pour leurs dérives et/ou leurs liens avec l’ultradroite identitaire (nous en parlions ici et ici ). -
Les dirigeants de la FPE sont largement issus du milieu traditionaliste catholique et/ou sont proches de l’extrême droite.
On y retrouve pêle-mêle « le mentor […] un des fondateurs […] d’ICHTUS, héritier direct de la Cité catholique, un mouvement d’extrême droite contre-révolutionnaire fondé par Jean Ousset, militant maurrassien adepte d’un catholicisme nationaliste, engagé dans la pétainiste Jeune Légion pendant l’Occupation » (ICHTUS serait d’ailleurs le « lieu de rencontre initial des premiers administrateurs de la FPE »), une animatrice de la radio d’extrême droite Radio Courtoisie, un éditorialiste de Valeurs Actuelles, des proches de l’ex Mouvement Pour la France de Philippe De Villiers, etc., etc….9
Des risques de dérives évidents.
Pour reprendre nos propos : l’ICRSP, communauté traditionaliste proche du royalisme et des courants contre-révolutionnaires, qui s’implique dans l’éducation des enfants par le biais de cette école hors contrat, ne peut qu’interroger. Enseigner des valeurs républicaines, quand on défend une idéologie qui fait précisément la part belle aux valeurs anti-républicaines et séparatistes, relève de contorsions qui semblent très peu crédibles.
L’enquête de 2022 menée par le Comité national d’action laïque (Cnal) concernant les écoles privées hors contrat, alerte sur les dérives et les fréquents manquement constatés, « en particulier au sein des établissements religieux » : « laïcité de façade, enseignements historiques biaisés, discriminations… »10.
Ici cette ex-inspectrice témoigne de « livres aux orientations profondément racistes, pétainistes et créationnistes », de « pages sur la contraception collées entre elles ». Elle évoque un « enseignement dispensé [qui] ne respecte pas le droit à l’éducation tel que défini par la Constitution, ni les valeurs de la République, voire [qui] s’y oppose », des « élèves [qui] sont préparés à une conformité idéologique peu propice à une pensée ouverte et citoyenne ».
Elle alerte enfin sur « le manque de contrôle persistant des écoles hors contrat »11.
« Un rapport rédigé en 2016 par l’académie de Versailles, à la suite de contrôles inopinés dans une trentaine d’écoles, avait révélé qu’aucun des établissements inspectés n’enseignait le socle commun de connaissances »12.
Dissolution de Civitas : quand l’actualité nationale résonne localement.
Tout comme ICHTUS, Civitas est une organisation héritière13 de la Cité catholique de Jean Ousset, mouvement contre-révolutionnaire, national-catholique, d’extrême droite et proche du royalisme.
Créé en 1999, ce groupuscule alors satellite des intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X fustige « la Rome moderniste [qui] n’a plus rien à voir avec les valeurs catholiques »14, et milite pour établir « le règne social de notre Seigneur Jésus-Christ, ce qui signifie l’avènement d’une théocratie »15.
Cette « organisation catholique intégriste, avec son compagnonnage avec l’extrême droite la plus classique et radicale »16, fait figure de précurseur en matière de communication : tordant à son profit le concept d’hégémonie culturelle gramscien17, le mouvement s’illustre par ses coups médiatiques, sa mobilisation contre des évènements culturels jugés blasphématoires, « ses manifestations de rue, son lobbying politique et son prosélytisme sur internet »18.
La radicalité et l’exubérance du mouvement finira par le marginaliser, même au sein du milieu traditionaliste19.
Habitué des discours complotistes et antimaçonniques, Civitas dénonce le « nouvel ordre mondial », la « tyrannie mondialiste », et plus récemment la « plandémie satanique »20.
Suite à la médiatisation de propos antijudaïques tenus lors de son université d’été 2023, le gouvernement demande sa dissolution.
Membre de l’Action Française (mouvement politique français nationaliste et royaliste d’extrême droite) de Limoges présent au pèlerinage de Civitas sur la tombe du Maréchal Pétain.
Un oncle condamné pour violences lors d’une manifestation de Civitas.
Civitas « a gagné en visibilité il y a dix ans, lors des manifestations contre l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe » en lançant « dès le mois de septembre 2012 une campagne d’opposition au mariage et à l’adoption pour tous »21. Sa mobilisation a probablement initié le succès de la Manif pour Tous, même si sa radicalité lui a valu d’en être tenu à l’écart par les organisateurs.
Lors d’une manifestation organisée par Civitas en novembre 2012, des Femens et la journaliste Caroline Fourest sont violemment agressées. Au milieu d’« injures sexistes et homophobes », elles sont « tabassées à coups de pieds, de poings et de casques de moto »22.
Certains auteurs des violences seront jugés.
Parmi eux, Gilbert Ruffier d’Epenoux, oncle de la directrice du Cours Saint Martial prochainement installé au Vigen, dont la condamnation pour violences aggravées est confirmée en appel en 201923.
Colonel dans l’armée de Terre au moment des faits, sanctionné par sa hiérarchie (en étant sorti de la « liste des généraux »24), convaincu de n’avoir rien à se reprocher, il démissionnera en 2015.
Malgré les vidéos sur lesquelles s’appuie le tribunal, le milieu royaliste Limougeaud prend sa défense en ouvrant une cagnotte pour ses frais de justice, et en relayant une lettre de ses enfants au ton complotiste, dénonçant une « fatwa, jamais justifiée ni officialisée, menée par le cabinet du ministre de la Défense »25.
En 2021, le journal d’extrême droite Valeurs Actuelles publie une tribune polémique d’anciens militaires appelant l’armée au soulèvement pour la « protection de nos valeurs civilisationnelles » contre « l’antiracisme […] l’islamisme et les hordes de banlieue », causes du « délitement de la France »26. Parmi les signataires : l’ex colonel Gilbert Ruffier d’Epenoux27.
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Le Cours Saint-Martial (Limoges) ouvre un collège et va déménager. ↩︎
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Dissolution de Civitas : le « lobby catholique traditionaliste » en 5 dates. ↩︎
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Hors contrat : comment comprendre le succès des écoles alternatives ? ↩︎
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Quand une fondation « d’utilité publique » finance des écoles privées hors contrats traditionalistes et intégristes. ↩︎ ↩︎
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Les cathos identitaires de la communauté Saint-Martin à la conquête de la France. ↩︎
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« Bâtir la France de demain » : Valeurs actuelles organise une grande soirée de levée de fonds pour des associations. ↩︎
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Pratiques financières douteuses, dirigeants proches des droites extrêmes : enquête sur la Fondation pour l’école. ↩︎
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Éducation : des associations laïques dénoncent des dérives pédagogiques dans les écoles hors contrat. ↩︎
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Steiner, Saint-Pie-X… Une ex-inspectrice témoigne sur les dérives des écoles privées hors contrat. ↩︎
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Pourquoi il est si difficile de faire fermer une école hors contrat ? ↩︎
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Dissolution de Civitas : le Requiem d’un groupuscule intégriste. ↩︎
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« Le mouvement catholique intégriste Civitas veut établir une théocratie » ↩︎
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Civitas : quel est ce mouvement catholique intégriste dont Gérald Darmanin demande la dissolution ? ↩︎
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« L’objectif de Civitas est très clair: obtenir des élus aux municipales » ↩︎
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Jean-Yves Camus: «L’influence de Civitas, une organisation connue pour son antisémitisme, reste faible» ↩︎
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Civitas, un mouvement catholique intégriste menacé de dissolution. ↩︎
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Qu’est-ce que Civitas, le mouvement catholique intégriste dont Gérald Darmanin a engagé la dissolution ? ↩︎
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Récit d’une agression ultra-violente à la manifestation de CIVITAS. ↩︎
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Les Femen et Caroline FOUREST déclarées victimes de violences. ↩︎
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Pour l’honneur d’un officier : Le colonel (e.r) Ruffier d’Epenoux victime collatérale des FEMEN. ↩︎
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« Pour un retour de l’honneur de nos gouvernants » : 20 généraux appellent Macron à défendre le patriotisme. ↩︎
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«Guerre civile» et tribune d’ex-militaires : qui sont les signataires ? ↩︎

Le père de la directrice de l’école hors contrat du Vigen (