Après les enseignements de Fontgombault , Lagrasse ou l’Ile Bouchard , nous poursuivons l’exploration des conséquences dans les villages de l’arrivée de communautés religieuses catholiques. Sans surprise, les méthodes restent souvent les mêmes et hélas, les conséquences également…
L’année dernière en Ardèche dans la commune de Saint-Pierre-de-Colombier, une religieuse plaquant au sol un militant écologiste (opposant à l’extension d’un complexe religieux) a focalisé l’attention médiatique1. Au delà du burlesque de la séquence, l’histoire qui se joue dans cette commune rurale de 400 habitants est loin de faire sourire tout le monde…
Résumé de la situation à Saint-Pierre-de-Colombier…
C’est en 1946 qu’est fondée la communauté religieuse catholique de la Famille missionnaire de Notre-Dame (FMND) par le père Dorne (alors curé de Saint-Pierre-de-Colombier), en lien avec la bénédiction de la statue de la Vierge de Notre-Dame des Neiges érigée la même année (« statue promise par les paroissiens qui avaient prié pour que le lieu soit épargné par les troupes allemandes en débâcle en 1944 »), et autour de laquelle la communauté développe et propage un culte, organisant de fréquents pèlerinages et processions.
La communauté s’agrandira, gagnant la reconnaissance de l’Eglise auprès de laquelle elle obtiendra le statut d’institut de vie consacrée. « En 2020 [elle] comptait 150 frères et sœurs, disséminés sur quinze implantations en France, mais accueille chaque année à Saint-Pierre-de-Colombier jusqu’à un millier de pèlerins »2.
La communauté est décrite comme « très pieusarde et soutenue par une bourgeoisie catholique très traditionnelle ». « La Famille missionnaire est proche de mouvements ultraconservateurs comme les Scouts d’Europe ou les Associations familiales catholiques , très en pointe contre le mariage pour tous et la PMA pour toutes »3. Une élue locale la qualifie de « groupe qui baigne dans un imaginaire rétrograde, voire royaliste »4.
La communauté a « fait l’objet de plusieurs signalements
auprès de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), et est dénoncée
depuis plusieurs années par l’association de victimes Avref »2.
En cause notamment le recrutement de personnes jeunes et manquant de maturité, une limitation drastique des contacts avec l’extérieur, des difficultés dans l’accès aux soins médicaux, la mise à l’isolement, la manipulation mentale, le travail dissimulé, le harcèlement financier, ou le culte de la personnalité autour du supérieur : le père Bernard (qui sera « poursuivi pour abus de faiblesse [et] devrait être jugé en correctionnelle le 21 mars » 2024)5.
Une emprise immobilière.
« Maintenant, ici, tout appartient à la communauté »6
« Au fil des ans, les membres de la FMND et leurs proches ont racheté le presbytère et au moins une vingtaine de maisons du village». « Des parties entières du bourg sont à eux, confirme l’ancien maire »4.
« La congrégation est devenue propriétaire, directement ou non, d’une part importante du patrimoine immobilier de la commune. Elle a la mainmise sur de nombreux terrains et maisons, acquis grâce à des dons ou legs. Cette emprise foncière étouffe la commune et nourrit des tensions de plus en plus vives »7.
La prospection est offensive pour connaitre les biens en vente, et le démarchage et les questionnements sans détours. Des familles sont même contactées dès le lendemain des décès pour permettre à la communauté de se positionner au mieux sur les ventes.
Les travaux sont ensuite assurés par des artisans liés au réseau religieux.
Une attention particulière est mise sur la collecte de dons, que ce soit en interne auprès des membres de la communauté, ou lors de visites opportunes de personnes âgées et/ou à la santé précaire.
L’appétit immobilier de la communauté religieuse et de ses proches est tel que des communes voisines sont contraintes de racheter préventivement certains biens.
Un projet de basilique pharaonique.
En 2018 La FMND dépose un permis de construire pour édifier une méga église dont le coût (largement financé par les dons défiscalisés) est estimé à 18 millions d’Euros. « La basilique s’élèverait à 50 mètres de haut et aurait une emprise au sol de 20 000 mètres carré. Le projet comporte aussi la construction d’ un bâtiment d’accueil des pèlerins ainsi qu’une passerelle au dessus de la rivière Bourges. L’ensemble pourrait accueillir 4000 pèlerins dans ce petit village ardéchois qui ne comporte que 400 âmes »8.
Les travaux commencent 5 mois plus tard et la bétonisation de la vallée démarre.
Rapidement une opposition
se dessine devant la démesure du projet : « ici les routes sont étroites, la gestion de l’eau et des déchets n’est pas prévue pour recevoir des milliers de personnes. Sans parler de l’impact paysager, des enjeux écologiques dans, et aux abords de la Bourges…»7.
Une bataille judiciaire s’engage : « le dossier a été validé […] alors qu’il contenait une erreur majeure [concernant] le parc naturel régional (PNR), dont la congrégation a assuré ne pas faire partie, or Saint-Pierre-de-Colombier se trouve effectivement sur la zone du PNR des monts d’Ardèche »9. « En octobre 2020, les travaux ont finalement été suspendus par arrêté préfectoral ». « En novembre 2022, après plus de deux ans de silence, un nouvel arrêté préfectoral a abrogé le précédent et autorisé la reprise des travaux », s’appuyant sur une nouvelle étude environnementale qui n’est pas rendue publique. En novembre 2023 une décision judiciaire suspens les travaux. Une autre de février 2024 autorise à nouveau leur poursuite…
Que « la décision de l’évêque de Viviers, qui s’oppose à la construction en l’état actuel du projet d’une chapelle à Saint-Pierre de Colombier par la Famille Missionnaire Notre-Dame, [ait] été confirmée par le Vatican »10 dès 2021 ne semble aucunement émouvoir la congrégation.
Une emprise politique.
Une main mise sur le conseil municipal.
« Depuis plus de vingt ans, la maison-mère de cette congrégation a aussi réussi à infiltrer le conseil municipal du village ardéchois, où 7 des 11 élus lui sont liés par la foi ou l’argent ».
« Pour la présidentielle de 2022, à Saint-Pierre-de-Colombier, 118 inscrits des listes électorales étaient domiciliés au presbytère, où seulement 30 à 50 religieux et religieuses vivraient à l’année. Les autres s’adonneraient à un va-et-vient entre les différents sites de la FMND, sans que cela n’inquiète la commission de contrôle des listes électorales, dans laquelle siège justement l’un des membres actifs de la communauté ».
Des opposants dénoncent « un détournement des principes élémentaires de la démocratie avec la confiscation par ces religieux de toute capacité d’opposition lors des élections municipales du fait de l’inscription sur les listes électorales de nombreux membres de la congrégation, tous domiciliés au siège, soit à Saint-Pierre-de-Colombier » et évoquent un « village perdu de la République »6.
« Les membres de la Famille missionnaire de Notre-Dame représentent 60 % des électeurs de la commune »11.
Une communauté catholique ultra-conservatrice proche de l’extrême droite.
« En 2002, la commune avait déjà placé Christine Boutin en tête du scrutin. En 2007, c’était Philippe de Villiers ». En 2022 Eric Zemmour y fait 40% au 1er tour et Marine Le Pen 65% au second.
Le projet de basilique mobilise le site d’extrême droite traditionaliste « le Salon Beige qui a consacré pas moins de trente publications au projet »11.
Certains panneaux dénonçant la construction de la basilique « ont déjà été recouverts d’autocollants d’extrême droite sur lesquels on pouvait lire “Soral a raison” ou de logos signés Génération identitaire, mouvement aujourd’hui dissous »4.
Dans le cadre de nouvelles mobilisations d’opposition à leur projet « des militants royalistes de l’Action française
ont proposé leurs services à la communauté conservatrice en vue d’éventuels nouveaux affrontements »12.
Invariablement (comme à Fontgombault, Lagrasse ou l’Ile Bouchard) l’arrivée de communautés catholiques conservatrices (adossées aux dons et aux legs, soutenues par des réseaux idéologiques systématiquement liés aux droites radicales) dans des villages, est synonyme d’un expansionnisme immobilier qui aboutit à des modifications du paysage politique et social. Ces modifications peuvent aller jusqu’à menacer l’équilibre démocratique local, voire y mettre à mal les valeurs républicaines.
Espérons que Solignac, où les prémices de ces changements sont déjà une réalité, ne s’engagera pas trop loin sur cette triste voie…
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Le plaquage de cette religieuse sur un militant fait le tour du web. ↩︎
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Au cœur de l’Ardèche, un village se déchire autour d’un projet d’église gigantesque. ↩︎ ↩︎
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n Ardèche, un petit village pris dans les filets d’une communauté traditionaliste. ↩︎ ↩︎ ↩︎
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Le père Bernard, de la communauté religieuse Famille missionnaire de Notre-Dame, poursuivi pour abus de faiblesse en Ardèche. ↩︎
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A Saint-Pierre-de-Colombier, le chantier de la basilique a séparé le village en deux camps. ↩︎ ↩︎
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Saint-Pierre-de-Colombier : « Il faut stopper le chantier de la méga-église ». ↩︎ ↩︎
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Ardèche : la polémique fait rage concernant la construction d’une basilique dans la vallée de la Bourges. ↩︎
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Chapelle en Ardèche : Rome rejette le recours de la Famille Missionnaire Notre-Dame. ↩︎
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Saint-Pierre de Colombier : l’Action française en possible soutien. ↩︎

Alban Denis (prêtre au traditionaliste ICRSP de Limoges et vice-président de l’association de l’
Soutien à la Famille Missionnaire de Notre-Dame de Saint-Pierre-de-Colombier, apporté par un polémiste sur une des chaines du catholique de droite radicale Bolloré.
Soutien à la Famille Missionnaire de Notre-Dame de Saint-Pierre-de-Colombier, apporté par des sites de la cathosphère traditionaliste de droite radicale.
Soutien à la Famille Missionnaire de Notre-Dame de Saint-Pierre-de-Colombier, apporté par le RN local.
Soutien à la Famille Missionnaire de Notre-Dame de Saint-Pierre-de-Colombier, apporté par le journal d’extrême droite Valeurs Actuelles.